Profession : plume d’homme politique (Street Press)

Hakim El Karoui, nègre de Raffarin, y va cash : « En campagne électorale, on peut dire n’importe quoi. » Avec Patrick Farbiaz, plume d’Eva Joly pour la dernière présidentielle, il livre les secrets d’un bon discours politique.

Lorsqu’on interroge des plumes sur leur arrivée dans le monde des scribouillards politiques, il s’agit bien souvent d’un concours de circonstance. Pourtant, elles partagent majoritairement un autre type de concours, réussi celui-ci, à l’Ecole Normale Supérieure. Grande école de la République, celle-ci est devenue une véritable usine à plumes. La légende dit même que le général de Gaulle disait chercher « un normalien sachant écrire », avant de recruter Georges Pompidou. Hakim El Karoui, 41 ans, ne déroge pas à cette règle, même si la rencontre entre l’homme politique et la plume ne se fait plus par petite annonce. Sorti de la fameuse ENS, où il a « appris à écrire », El Karoui travaille d’abord avec Mme Raffarin au sein d’une fondation, avant que cette dernière ne lui présente son mari, qu’il ne connaissait pas. Commence alors une aventure commune qui verra le duo débarquer à Matignon deux ans plus tard.

Une fois un couple homme politique/plume formé, il est rare que celui-ci se sépare. Car leur collaboration passe par un processus long au cours duquel la plume doit se familiariser avec le corpus de l’homme ou de la femme politique qu’elle sert. Jusqu’à se l’approprier complètement. Hakim El Karoui travaille à présent comme conseiller pour les gouvernements de ce monde dans le très cossu 8e arrondissement parisien, où nous le rencontrons. Élégant et courtois,  l’homme est adepte des réponses précises. « La question est de savoir quels textes sont marquants pour Jean-Pierre Raffarin, pas pour moi » rétorque-t-il à une question sur son inspiration.

El Karoui : « En campagne électorale, on peut dire n’importe quoi »


Industrie

James Carville, l’un des spin doctors ayant contribué à la victoire de Clinton en 1992, déclarait : « Je pense que nous pourrions élire n’importe quel acteur d’Hollywood à condition qu’il ait une histoire à raconter. » C’est cette histoire que les plumes ont à charge d’écrire, discours après discours. « On devient un écrivain industriel », affirme Hakim El Karoui à propos de ses années à Matignon comme pour s’excuser de la qualité inégale et du ton quelque fois emprunté des discours politiques. À chacun ses astuces pour surmonter la hantise de la page blanche et pour être le plus efficace possible.

Encore visiblement atteint par le score d’Eva Joly – même son polo est d’un vert pâle -, Patrick Farbiaz livre à StreetPress ses recettes sur le ton de la confidence. « Parfois j’allais sur le net pour voir comment Obama commençait un discours, ou Mitterrand. Après, un petit peu de copier-coller, et je me lance », avoue celui qui écrivait déjà les discours de Noël Mamère. Les glorieux 5,2% de ce premier tour de 2002 lui confèrent ses premiers galons. C’est cette légitimité qui fera de lui un candidat pour être la plume, 10 ans plus tard, en 2012, de la campagne d’Eva Joly. Il est crucial de « prendre de l’élan pour les premières lignes » continue l’affable Patrick Farbiaz, 58 ans, en faisant pivoter sa chaise de bureau.

Quand certains vont sur Internet pour dénicher l’étincelle, d’autres puisent dans des sources nettement moins conventionnelles. « Il y avait un recueil des citations pour Jean-Pierre Raffarin – ça fait quand même 25 ans qu’il faisait de la politique – et de temps en temps il fallait en placer une » , confie sans rire son ex-plume. Une autre technique, un brin plus chic, et racontée par Erik Orsenna dans son ouvrage Un Grand Amour sur ses années de plume au service de François Mitterrand, consistait à déambuler dans l’hémicycle du Palais Bourbon désert, une fois la nuit tombée. De quoi trouver le souffle mitterrandien nécessaire.

El Karoui : « Il faut penser à l’intérieur d’une pensée »


AFP

Bien qu’inspiré, un discours peut sombrer dans l’oubli. Il faut donc penser au service après-vente et anticiper la couverture médiatique. « Souvent, lorsque l’on écrit un discours, on pense à la dépêche de l’AFP que ça peut donner », s’amuse Hakim El Karoui. La couverture par les médias a connu une évolution profonde au cours des derniers mois, avec la montée en puissance de nouveaux acteurs.

« Les élections présidentielles ont été fortement marquées par l’apparition des chaînes d’info », affirme Patrick Farbiaz. « Elles ont rétabli le discours des meetings, on est revenu à la 3e République ! Ça a avantagé de bons orateurs comme Mélenchon. Malheureusement, on n’a pas mesuré l’impact de la retransmission des meetings », continue-t-il, amer. En effet, les chaînes d’info en continu comme BFM TV ou iTélé ont privilégié la retransmission des meetings géants comme celui de Hollande au Bourget ou de Sarkozy à la Concorde, au détriment d’évènements politiques plus intimistes et donc moins télégéniques. Les plumes ont dû s’adapter et écrire différemment, faire plus direct, plus émouvant aussi. « Pour un meeting à Bercy, il faut des raisonnements simples, percutants, il ne faut pas rentrer dans les détails », résume la plume d’Eva Joly.

Farbiaz : « Pour un meeting à Bercy, il faut des raisonnements simples »


Freestyle

En plus de savoir lire dans les pensées des journalistes, une bonne plume doit être souple. Il n’est pas rare en effet de voir une plume faire le grand écart entre l’utopie et la réalité. « En campagne électorale, on peut continuer à dire n’importe quoi ou faire rêver, mais quand on dirige, on est face à la réalité », dit El Karoui dans un jaillissement. Pendant une campagne, tous les coups sont permis. Et gare à la plume qui se lâche ! « Quand on a vu qu’on était au 36e dessous dans les sondages, on a fait ce qu’on aurait dû faire depuis le début : on a tapé comme des fous sur Sarkozy », explique Patrick Farbiaz, évoquant le Sarko Tour d’Eva Joly pendant la dernière semaine de la campagne présidentielle. Cette stratégie permet à Eva Joly de marquer des points dans les sondages et fait même espérer à son équipe une remontée de la juge dans l’opinion publique. Malheureusement en vain.

En plus du grand écart facial, la plume doit savoir jouer sur les mots. Le terme « République » est un bon exemple. « C’est un mot qui peut signifier exactement le contraire de tout selon l’interlocuteur » philosophe Hakim El Karoui. Ce qui ne l’empêche pas d’être employé à tort et à travers dans tous les discours politiques français. Au contraire. « La République est un mot un peu automatique, on met un peu ce qu’on veut dans les valeurs de la République. C’est un mot joker » insiste Paul-Henri du Limbert, du Figaro. Cette polysémie peut donner lieu à un véritable jeu de chaises lexicales. « Par exemple aujourd’hui, quand on parle de laïcité, en réalité c’est d’Islam qu’on parle » glisse El Karoui dans un sourire.

Conseiller spécial

Une bonne plume ne se contente pas de manier les mots, elle occupe également un rôle stratégique.  « La plume a une autonomie politique plus forte que le nègre », claironne Patrick Farbiaz, avant de nuancer : « Après, c’est le personnage politique qui interprète le discours, et c’est lui qui en est le maître, c’est clair. » Toute l’ambiguïté de cette fonction est résumée dans cette dichotomie. Le degré d’autonomie politique du plumard dépend des luttes de pouvoir à l’intérieur du cabinet, de l’ancienneté de chacun des membres, et de la relation qui le lie au décideur. « La réalité, c’est qu’il faut penser à l’intérieur d’une pensée. Le cadre est extraordinairement contraint » tempère Hakim El Karoui, qui rencontra Jean-Pierre Raffarin deux ans tout juste avant son accession à Matignon. Cette relative inexpérience l’obligera à descendre dans l’arène et à participer à la lutte des places au sein du cabinet.

A contrario de cette mesure, Henri Guaino est devenu le symbole médiatique de la plume puissante, intervenant à la télévision pour prêcher la parole présidentielle. Son titre mystérieux de « conseiller spécial » en est l’émanation paradoxale : à la fois vaste et inexistant, son domaine de compétence reste à l’appréciation du Prince. Fraîchement élu, François Hollande a voulu corriger cette omniprésence en donnant une consigne de discrétion aux membres de son cabinet. Consigne qui s’est d’ores et déjà assouplie, voyant Aquillino Morelle prendre la parole dans une interview du Figaro. En mettant ses conseillers en lumière et en leur accordant la parole, le président en fait des fusibles dont il pourra se délester en cas d’erreur politique. Et quoi de plus léger qu’une plume, me direz-vous.

Merci à Laure Chichmanov pour son aide précieuse dans la rédaction de cet article

Vous pouvez retrouver cet article sur Street Press ici.

Double magazine

Les articles publiés dans la dernière édition du magazine Double, ainsi que dans le numéro qui sortira d’ici quelques semaines, seront bientôt publiés sur ce blog.

L’article publié dans le prochain Double traitera de la figure littéraire oubliée Jeanne Loviton A.K.A Jean Voilier. Dans les kiosques le 15 octobre.

Linda Bujoli (Freunden von Freunden)

Au nom de Linda Bujoli, le moteur de recherche répond sans détour : «photographer» Voilà qui a le mérite d’être clair. Mais Linda est bien plus qu’une photographe. Poète, musicienne, mannequin, artiste, elle semble avoir vécu plusieurs vies, et sa curiosité est loin d’être étanchée.

Pour arriver chez Linda, il faut passer plusieurs portes en verre et gravir les marches d’une large cage d’escalier en bois sombre, surplombée par une verrière. Même pour un bel immeuble haussmannien – comme Paris en regorge – cette configuration est inédite. Une fois arrivé dans l’appartement, c’est la photographe qui m’ouvre la porte : Linda s’entretient dans une pièce adjacente avec un sculpteur de son prochain projet artistique, dont elle nous fera la confidence en off.
Le premier contact avec Linda Bujoli n’est donc pas visuel : c’est sa voix qui s’élève de la pièce voisine, puis le claquement de ses ballerines sur le parquet de son salon, où nous l’attendons. En bonne hôtesse, elle nous met tout de suite à l’aise en proposant un thé à la menthe, qu’elle va préparer dans sa cuisine, au milieu des bibelots et de bouts de papier griffonnés.

Chez Linda, tout est une question de lumière. D’abord celles qui peuplent son appartement. Choisies soigneusement au fil des déménagements, elles sont d’acier ou de verre, et projettent des ombres chinoises aux murs. Puis ce sont celles de ses séances photo, pour de grands magazines comme Citizen K ou Harper’s Bazaar, et pour des artistes comme Marianne Faithful ou Air. Ces lumières entourent, soulignent, enveloppent et happent ses personnages. Nous prenons place dans le salon, la photographe grimpe sur un canapé pour prendre des portraits, l’entretien peut commencer.

Image

Image

Image

Pour commencer l’interview, j’aimerais que tu me décrives un peu la déco de ton appartement.
Déjà, il faut savoir que j’ai fait quatre déménagements. Du coup, les objets que tu vois ici ont pour la plupart traversé plusieurs appartements, plusieurs villes. Chaque objet a une histoire particulière. Je fonctionne au coup de foudre. Et je n’achète que de belles choses. J’adore les lampes, la lumière. Je ne crois pas avoir de style particulier, que je pourrais labéliser. J’aime les respirations dans l’espace, et quand c’est hyper clean. Un miroir, un beau canapé, un fauteuil, une belle lampe, et basta !

Ton nom, Bujoli, ça sonne italien non ?
Non, c’est un nom corse en fait. C’est compliqué : mon père est Corse et Vietnamien, et ma mère est Bretonne. Ils m’ont eu jeunes, alors que ma mère n’avait que 20 ans. Je suis né en Bretagne, à Saint-Brieuc et donc j’ai grandi en bord de mer. Mon père a été absent pendant mon enfance, et je pense que ça a joué un rôle dans ma décision de partir à Paris, vers 17 ans. J’ai été élevée par mes grands-parents principalement, ma mère étant très jeune.

Tu n’as pas revu ton père depuis ?
Si, je revois mon père à l’âge de 14 ans, et je vais avec lui au Laos, pour retrouver mes racines. Pendant ce voyage, j’ai d’ailleurs réalisé un reportage photo pour Citizen K. Quelque temps après, mon père m’a rejetée, et je suis allée à Ventiane. Je ne sais pas vraiment pourquoi, une embrouille de famille. C’est ce qui fait qui je suis en tout cas. Et c’était pas gagné ! Je suis asiatique dans le rapport aux choses, dans la pudeur, la réserve, je suis un peu froide aussi… Non pas froide, ce n’est pas vrai. Mais c’est marrant parce que je me sens Egyptienne. J’aime l’Orient, les contes, le rapport à la femme, la sensualité. Je me sens orientale.

Tu es allée y faire quoi, à Paris ?
J’ai fait 10 ans de mannequinat, ça m’a projetée dans un monde d’adultes. Il y a eu des rencontres fortes, exceptionnelles. Heureusement j’ai évité les mauvaises rencontres, qui existent bien sûr dans ce milieu. Ca doit être lié à ma bonne étoile… Après ces 10 ans, j’étais comme une éponge, je me suis mise à écrire, je voulais même être réalisatrice. Puis j’ai commencé la photo à 26 ans et finalement je ne suis pas devenue réalisatrice. Je voulais avant tout être indépendante, c’est quelque chose qui est en moi.

Si tu devais te résumer en tant que photographe ?
Je suis une autodidacte. Normalement, on suit une formation et on a des référents dont on se sert. Moi je n’ai pas suivi de formation.  J’étais comme un terrain neutre au départ. Je n’étais pas enfermée, j’ai pu trouver ma propre identité plus facilement. La comparaison de mon travail à des référents s’est faite beaucoup plus tard, comme Hans Bellmer par exemple, et ses poupées. Et puis j’ai une soif permanente d’apprendre, une curiosité incessante. J’ai eu l’immense chance de fréquenter des hommes brillants, qui aimaient profondément transmettre, qui étaient bienveillants avec moi. L’apprentissage se fait par des rencontres, qui suscitent en toi le désir.

Tu es tout de suite allée vers la photographie de mode ?
Oui, la transition vers le monde de la mode était naturelle pour moi. De par les relations, les connaissances que j’ai nouées tout au long de mes 10 ans de mannequinat. Mais la mode, c’est un système qui me ramenait vers le passé, qui était sans légèreté. J’ai donc décidé d’arrêter pendant un an mes activités de photographe, et je suis allée vivre avec un musicien à Cologne, en Allemagne.

Et tu as fait quoi pendant cette année de césure ?
Nous avons joué ensemble dans des lieux, je chantais un peu, et je jouais de la guitare aussi.  Et toute cette démarche anime mes photos aujourd’hui encore. Je travaille en résonance avec la musique. A cette époque, j’ai aussi commencé l’écriture de concepts, de poèmes. Par exemple cette phrase, que j’avais écrite pour une collaboration avec le groupe Air, qui me revient : « l’âme traverse le champs dans le monochrome du bleu ». Ce qui me plaisait, par rapport à la photographie de mode, c’était  que mes activités tournaient alors vraiment autour du sens, pas seulement autour de la sublimation du vêtement.



Tu as encore des envies de voyage après tous ces déménagements ?


Le champ est ouvert bien sûr, mais à un moment donné, pour construire, il faut s’arrêter. Je suis partie en retraite à Cologne pour partager la vie d’un homme que j’aimais. J’y ai profité de la nature, de l’anonymat, du silence aussi. Mais c’était une fuite, avant de revenir à Paris. J’aime Paris car il y a tellement de choses culturelles à faire, d’expositions, de concerts, j’aime l’architecture. Même s’il faut se prendre par la main pour faire toutes ces choses. Ce que j’aime moins, c’est la tension que l’on ressent, le bruit. Quand j’ai besoin de calme, je pratique la méditation. Tous les jours en me levant, je pratique une immersion de 20 minutes, je « cut ». La méditation met un champ entre toi et les choses négatives. C’est physiologique. Je me retrouve dans un état de conscience modifiée. Ce n’est pas évident à expliquer, mais ça enlève tes peurs.
Tu es donc devenue inatteignable, il n’y a plus rien qui te révolte ?

Si, la nature humaine. La nature humaine est décevante, complexe. Je suis très exigeante dans mon rapport à l’autre et à moi. je suis très droite, très honnête. Et le plus important : je ne mens pas. J’évite autant que possible les engueulades. Un peu de véhémence parfois, mais ça ne fait plus vraiment partie de moi. 


La lumière aussi a l’air de jouer un rôle important dans ta vie et dans ton travail.
J’adore matérialiser la lumière dans une construction picturale qui m’appartient. Je dessine souvent un univers dans lequel je prends le personnage en photo. Je peux être très directionnelle ou alors je laisse vivre le personnage dans la lumière. Il faut rester ouvert à l’expérimentation, au retour du personnage aussi. Je garde un très bon souvenir de la séance avec Léa Seydoux par exemple : on a beaucoup travaillé sur l’idée du souffle, et elle a joué le jeu complètement. Pour moi, la photographie, c’est avant tout l’écriture de la lumière. 


Comment te sens-tu quand tu penses aux années qui viennent, aux projets à venir ?


Une chose est sûre, je me sens prête. Je veux ouvrir le champ des possibles. Il faut faire, il faut faire. Les gens me connaissent comme photographe. Je crois que c’est Montaigne qui disait : « le plus difficile est de savoir ce que tu veux. » Moi ce que je veux c’est continuer à exposer, vendre, collaborer sur des thèmes. Je travaille actuellement à un projet dont je ne peux pas encore divulguer les détails, mais qui s’intéressera à la femme. Je m’apprête à vivre ma troisième vie, je veux donner à voir ce qui est invisible.

Merci Linda, pour ton accueil chaleureux et ton thé à la menthe.
Vous pouvez retrouver toutes les photos, portraits et collaborations de Linda sur son website. Pour son prochain projet, à vous d’ouvrir l’œil, ça arrive bientôt à Paris…

Photographies : Schéhérazade Abdelilah
Interview : Léon des Lilas

Retrouver l’interview avec toutes les photos sur Freunde von Freunden ici

Hugo, 24 ans : « Quand tu montes une start-up, tu penses à ça tout le temps ! » (Street Press)

À 24 ans, Hugo court partout et tout le temps. Pour résister au rythme de sa vie d’entrepreneur hyperactif, « il faut faire du sport, du sport et encore du sport. Sinon t’exploses ! » En 6 mois d’activité, il a déjà lancé 30 projets musicaux.

Image

La vie d’Hugo Amsellem sonne comme le pitch d’un bon film américain. On y retrouve les déceptions de l’adolescence, le déclic du road trip et le personnage du self-made man. Le tout amené avec des phrases courtes qui savent où elles vont. Quand il parle d’ Oocto, sa plateforme « d’amorçage de projets musicaux », il sourit : « quand tu montes une start-up, tu penses à ça tout le temps, et quand, en plus, t’es jeune, les gens pensent que tu te branles ! » Oocto marche très bien, car elle allie l’esprit participatif de plateformes comme Kickstarter ou Ulule à un accompagnement personnalisé des projets. Tout est pensé et pris en charge : de la levée de fonds privés à la logistique des tournées, en passant par la promotion des albums.

Hélène et les garçons

Pour comprendre le rôle que joue la musique dans la vie d’Hugo, il faut en revenir à son adolescence.

« J’ai d’abord commencé à jouer du violoncelle, mais ça marchait pas trop avec les filles ! Du coup j’ai commencé la guitare. Aujourd’hui pour draguer ça marcherait sûrement mieux avec le violoncelle, mais je ne sais plus en faire… »

Malgré ces déceptions, Hugo n’abandonne pas ses ambitions musicales facilement. « J’ai monté quelques groupes en amateur mais je savais très tôt que je n’avais pas le talent nécessaire pour vivre de la musique. » A défaut, il a choisi de vivre en produisant la musique des autres. Il est comme ça Hugo : pragmatique, clair, les yeux fixés sur l’objectif.

Le rêve américain

Il manque néanmoins un élément pour pleinement comprendre le passage du violoncelle à la production. Le déclic est à chercher à San Francisco, où il passe sa deuxième année d’études de commerce.

« Il y a une mentalité différente à San Francisco. Il te mettent en réseau sans hésiter, te proposent des rendez-vous. J’ai même rencontré le fondateur de Deezer là-bas ! »

Ainsi subjugué par l’entregent des Californiens, Hugo rentre en France pour concrétiser son projet.

Le marathon de la start-up

C’est ce grain américain qui explique la vitesse à laquelle il avance. Pas de jour off pour lui, qui gère son corps comme un sportif de haut niveau. « Quand t’es entrepreneur, surtout jeune, il faut faire du sport, du sport, et encore du sport. Pour libérer ton énergie, la gérer comme pendant un marathon. Sinon t’exploses ! »

Alors il court. Parce que rien qu’en 2012, Oocto compte déjà une trentaine de projets à réaliser.

Côté argent, Hugo assure que son modèle économique est viable car Oocto prend une commission de 10% sur les fonds levés pour les artistes, ce qui assure une entrée d’argent immédiate. Mais pour devenir rentable, il lui faudrait réaliser 1.000 projets par an. Un défi de taille pour un entrepreneur qui ne se fixe pas de frontière géographique. «Les relais de croissance pour notre entreprise, on va les trouver à l’étranger également, pas qu’en France. J’ai très envie de repartir à San Francisco pour en trouver justement.»

Freestyle artistique

Quant aux artistes qui sont soutenus par Oocto, ils sont choisis pour la clarté de leur projet, pas pour leur timbre musical. « Il n’y a pas non plus de frontière artistique, je ne cherche pas à donner à Oocto une couleur musicale particulière. Le seul critère, c’est que l’artiste sache où il veut aller, sinon nous on ne peut rien faire. » Et quand Hugo dit aller, ça veut dire courir.

L’article sur Street Press ici

Les jeunes Indignés du PS : Contre-enquête (Street Press)

Prenant au mot Hollande et son discours pro-jeunesse, une poignée de jeunes militants PS s’imaginaient déjà en haut de l’affiche. Échec. Énervés, ils ont monté un collectif dénonçant « l’entre-soi de la fonction publique d’État. »

Image

« On n’est pas des ayatollahs », lâche Nicolas Blas. Le jeune homme, président du néo-collectif Génération changement, communique sous pseudo par peur des représailles. Son combat ? Un recrutement plus diversifié au sein des cabinets ministériels. « On est quelques dizaines de jeunes à être déçus de ne pas être dans les cabinets, on trouve ça assez injuste, on pensait qu’on méritait notre place. »

Anonymat relatif

Frustré, le jeune homme lance la fronde le 8 juin dernier en publiant avec une trentaine de comparses une tribune anonyme dans le journal Libération. « On est militants du Parti Socialiste et si notre nom apparaissait, on serait morts politiquement. » Ah ? Pourtant il suffit de choper le numéro de Nicolas Blas et de tomber sur sa messagerie pour apprendre sa réelle identité – et, du même coup, de découvrir qu’il travaille pour un édile socialiste dans l’ouest de la France. Des imprudences à faire rougir les corbeaux de métiers.

Si on sent rapidement que c’est le premier coup politique du genre de Nicolas Blas et ses compères, leur cause, elle, n’est pas si nouvelle : dénoncer « l’entre-soi de la haute fonction publique d’Etat » :

« L’expérience, les réseaux, le statut ont eu raison de l’imagination, de la créativité, de la vitalité. Le militantisme et la soif d’idéal ont été balayés par la permanence rassurante des grands corps. »

Une fois présentées les grandes lignes de l’argumentaire, on sent poindre une autre frustration, plus prosaïque : « on envoyait 30 ou 40 CV, on se faisait recommander, et on n’avait même pas d’accusé de réception par mail ! »

Tomber de l’armoire

Dans la même veine, plus de deux semaines après la parution de l’« Appel à l’Élysée et Matignon » dans Libé, les intéressés font toujours la sourde oreille. Contacté par StreetPress, Matignon semble même étonné que l’on s’intéresse à Génération changement. « Ce n’est pas la priorité des priorités », euphémise le conseiller presse. « Je sais vaguement de quoi ils parlent », ajoute-t-il, avant de lâcher un rien agacé : « vraiment, je tombe de l’armoire quand je lis ça. » Une indifférence mêlée d’hostilité qui fait écho à celle de l’Elysée, qui n’a pas tenu à commenter l’action de Génération changement, malgré plusieurs relances.

Malgré cette ostensible indifférence du Palais pour ses idées, Nicolas Blas compte bien reprendre son « bâton de pèlerin. » Il publiera d’ici la fin de la semaine des chiffres sur la sous-représentation d’une part des jeunes de 25 à 34 ans et, d’autre part, des parcours « diversifiés » dans les cabinets. Il confie :

« Il y a 5 énarques en moyenne par cabinet, et seulement un jeune entre 25 et 34 ans pour un ou deux cabinets. On veut mettre ça en avant pour objectiver nos données et ne pas être dans l’incantation. »

Lui-même a-t-il un parcours diversifié ? « Moi non, pas spécialement, mais y’en a d’autres hein. »

Jeunes isolés

Si le collectif en est à ses balbutiements, les faits leur donnent raison, à quelques exceptions près. À 23 ans, Gabriel Attal est le plus jeune conseiller en fonction. « Je ne suis pas là pour symboliser quoi que ce soit », assure-t-il à StreetPress. « L’avantage d’embaucher un jeune est qu’il est sur le pont 24 h sur 24, 7 j sur 7, car il n’a pas encore de famille ni d’enfants », continue Gabriel Attal, conseiller parlementaire dans le cabinet de Marisol Touraine. Un exemple isolé ne pouvant pas occulter les pratiques de copinage et de reproduction sociale tenaces dans les hautes sphères du pouvoir, comme l’a notamment démontré l’enquête de Libé à la fin du mois de mai, « Les cabinets blancs de la République », suscitant de très nombreuses réactions.

Lire l’article sur Street Press ici

Les cures de jeûne : un moyen de planer en toute légalité (Street Press)

« Un état de très grande conscience mais aussi de fragilité. » Ce n’est pas de weed dont parle Agnès Morin mais d’une cure de jeûne à laquelle elle a participé. Des cadres stressés viennent y retrouver la pêche… et dépensent 2.000€.

« Ça explose en 2012, on est complet jusqu’en juillet prochain, on doit même refuser du monde ! » Dominique Juveneton est un directeur comblé. Sa structure (l’Amandier, dans la Drôme), comme de nombreuses structures offrant des séjours de jeûne, connaît un succès grandissant. Plus d’une vingtaine de ces lieux d’accueil existent aujourd’hui en France. Ils promettent tous à l’internaute « légèreté, santé et vitalité. »

Malgré la multiplication de ces structures, l’État français ne rembourse pas (encore ?) ces séjours. Contrairement à l’Allemagne où le jeûne thérapeutique est davantage entré dans les mœurs. Agnès Morin, chef d’entreprise et adepte du jeûne, confie :

« En France, je n’en ai pas parlé autour de moi, j’avais peur d’être prise pour une folle. Surtout dans le milieu très rationnel des chefs d’entreprise. Alors qu’en Allemagne, le jeûne est inscrit dans la culture. »

Le marronnier du stress

Alors pourquoi un tel engouement pour des séjours où l’absence de nourriture est facturée à prix d’or ? Première explication, le stress, sacrée cause universelle de tous les maux. « En ce moment, la pression monte, alors il y a chez les gens comme un réflexe de survie. Ceux qui ont encore du boulot en ont pour trois, et le monde des entreprises est devenu impitoyable », explique Dominique Juveneton.

« Je me suis retrouvée dans une situation de burn-out, en gros tout allait mal dans ma vie. J’étais dans un état de forme épouvantable », ajoute Agnès Morin. Cette chef d’entreprise est représentative de ces Français qui « veulent des solutions rapides à leurs problèmes », affirme Elisabeth Brola, endocrinologue. « Ils pensent : “je fais ça une semaine et c’est bon, je retourne à ma vie d’avant sans changer mes mauvaises habitudes.” »

Peur des médocs
Mais le stress à lui-seul ne peut expliquer un tel engouement pour le jeûne. Autre raison invoquée : la méfiance des Français vis-à-vis des médicaments dits conventionnels. Mais celle-ci s’essouffle rapidement. Selon l’INSEE, les dépenses en soins et biens médicaux des Français sont passées de 98 milliards en 1995 à 175 milliards en 2010, soit une augmentation de 78% en 15 ans.

« Les clients viennent principalement pour des raisons spirituelles, pour se sentir mieux dans leur tête. Puis viennent les clients qui souffrent de maux divers (arthrite, diabète, tension, maladies plus graves aussi…). » Explication du Dr Wilhelmi, directeur de la clinique Buchinger en Allemagne, véritable référence en matière de cure de jeûne. De nombreuses célébrités, parmi lesquelles Philippe Starck ou Sean Connery, s’y pressent pour profiter de la méthode Buchinger, qualifiée de « chirurgie sans scalpel » par son inventeur. On l’a bien compris : la motivation n’est pas seulement médicale, elle est également mystique. Et c’est là que réside le secret des cures de jeûne : la faim procure des sensations aux clients proches des effets de certains psychotropes.

« La vérité de l’être humain »

Le jeûne apparaît en réalité comme un moyen de planer en toute légalité. « Pendant toute la journée vous buvez de l’eau ou des tisanes. Vous ne pouvez pas fumer, boire de café ou de thé. Après les 3 premiers jours, qui sont un peu difficiles, vous avez une pêche incroyable, et vous n’avez pas faim ! » s’enthousiasme Agnès Morin, qui y retourne « une à deux fois par an. » Un enthousiasme facturé « entre 1.500 et 2.000 euros » la semaine, tout de même. Une fois passée la caisse, vient la délivrance : on y ressent une « légèreté de l’âme, c’est réjouissant ! Le jeûne vous met dans un état de très grande conscience mais aussi de fragilité. Les défenses s’en vont et on est vraiment dans la vérité de l’être humain ! »
Pour allier extase et communion, la journée de jeûne est rythmée par des activités de groupe : conférences, activités sportives en tous genres, repas à base de bouillon de légumes. En cas de malaise, il y a « partout dans la clinique des boutons d’alarme, pour que quelqu’un qui a un souci puisse prévenir tout de suite. »

Ces effets euphorisants n’avaient pas échappé aux grandes religions, qui ont toutes intégré le jeûne dans leurs textes. Lucie*, fidèle d’une paroisse de Rambouillet, a suivi cette année un jeûne religieux pour la première fois. Elle raconte : « pendant mes périodes de jeûne, je lisais plus lentement les textes d’évangile, ce qui m’aidait à mieux les méditer. Je prenais du plaisir à m’isoler dans ma prière et à prendre un peu de recul de tout ce qu’on appelle l’horizontal (autrement dit, loin de tout esprit de consommation excessive, ndlr), pour mieux me consacrer au vertical. »

Une forme de spiritualité bien éloignée des intentions premières des clients de ces centres de jeûne, donc, mais qui pourrait bien expliquer leur fidélité sans faille. « Maintenant, quand j’ai un problème, je sais qu’il existe une solution », conclue Agnès.

*Lucie ne s’appelle pas Lucie

 

Lire l’article sur Street Press ici

 

« On n’est pas la génération Marine ! » (Street Press)

Sarah Aizenman, du collectif Génération Marianne, appelle à un Freeze géant demain samedi, à Paris (Hôtel de Ville). « Le discours FN est dangereux, mais personne ne se révolte, personne ne se mobilise. »

Pour commencer, comment s’est créé votre collectif ?

Sarah Aizenman : En fait ça s’est fait de manière très spontanée, quelques heures après l’annonce des résultats du premier tour de la présidentielle. On était quelques-uns à s’être réunis pour la soirée électorale, et le score historique du FN nous a trop choqués. On voulait que les associations, les politiques, les personnalités françaises réagissent, surtout ceux qui ont l’habitude de monter au créneau ! Mais personne n’a vraiment dénoncé ce score et là, on s’est dit qu’on était face à une vraie banalisation du Front National.

Votre engagement vient d’où ?

En 2002, la plupart d’entre nous était encore au lycée, on était descendus dans la rue tous les jours pour manifester contre Le Pen. Pour nous, c’est un acte militant fondateur. C’est là qu’on s’est dit « on appartient à une Nation, on a une responsabilité citoyenne. » Donc puisque les associations et les grands partis ne le font pas, c’est à la société civile de tirer la sonnette d’alarme. Si, aujourd’hui, on ne pointe pas le FN du doigt comme on l’a fait en 2002, il risque d’être au second tour en 2017 et peut-être même en première position.

Il y a un climat politique particulier à cette élection ?

Tout le monde est un peu frileux. Cette élection est un peu particulière, très clivante : les gens de gauche méprisent les gens de droite, et les gens de droite méprisent les gens de gauche. Dans notre collectif, y’a des supporters de Hollande, de Sarkozy, y’en a même qui ont voté Mélenchon. Nos convictions politiques, mettons-les de côté pendant une minute, demain samedi (voir encadré). On va s’arrêter comme on veut arrêter de banaliser le FN.

Vous connaissez des électeurs du Front National ?

Oui, on en parlait justement avec un ami de Toulouse. Autour de lui, plein de gens votent clairement FN. J’ai l’impression que c’est la première fois que les gens affirment sans aucun tabou qu’ils votent Le Pen. Et ça, pour moi, c’est un cataclysme. Et là on est dans la même lignée : personne ne se révolte, personne ne se mobilise. Alors que c’est un discours dangereux qui peut détruire notre République et détruire notre jeunesse !

Que pensez-vous de la présence de Marine Le Pen aux élections ?

Je le comprends, mais ce n’est pas le débat : on ne peut pas faire de compromis sur le vote Le Pen.

Donc pour vous le vote Le Pen est acceptable jusqu’à un certain seuil ?

Non, ce n’est pas le problème. À partir du moment où le FN devient un danger, il faut se mobiliser massivement. Dans un monde idéal il faudrait rappeler tous les jours que le Front National est un parti d’extrême-droite, et on a bien vu ce que l’extrême-droite a donné dans le monde. Et là je considère qu’il s’agit d’une crise, avec Le Pen à 18%.

Où, quand, comment ?

Un Freeze géant (une mobilisation type flash mob), demain samedi 28 avril à 17h, sur l’esplanade de l’Hôtel de Ville de Paris.

Et pourquoi appeler le collectif « Génération Marianne » ?Pour une raison simple : on n’est pas la génération Marine mais la génération Marianne !
A retrouver sur Street Press ici

Syrie : « le désir amoureux est plus fort sous l’oppression » (Street Press)

Maram Al-Masri parle de désir dans un pays en guerre, le désir d’amour, d’érotisme et celui de liberté. Avant de confier : « tous les jours depuis le début de la révolution, je pleure. »

Bonjour Maram, vous revenez tout juste du Luxembourg ?

Oui, j’y étais ce weekend. C’était très bien, j’étais au Printemps des poètes, j’y ai fait des lectures, il y avait une soirée spéciale Moyen-Orient.

Lorsqu’on lit votre poésie, le désir est omniprésent. Y a-t-il un rapport au désir particulier chez les Syriens ?

Non, je ne pense pas, c’est propre aux êtres humains, le désir. Mais c’est vrai qu’il est plus fort sous l’oppression, dans un régime fermé. Je me souviens, à mon époque, même embrasser un garçon c’était pêché. J’étais amoureuse d’un chrétien qui s’appelait Philippe quand j’avais 17 ans, et c’était interdit. On devait se cacher dans des cages d’escalier pour se rencontrer, et on avait peur d’être découverts. C’était terrible.

Comment avez-vous perçu les relations amoureuses à Paris quand vous êtes arrivée de Syrie ?

Je pense qu’il y a plus de liberté pour la femme en France. Mais ça ne m’a pas choqué, pour moi le désir est instinctif, il est lié à la condition humaine, c’est un besoin. Il n’y a pas eu d’incompréhension particulière. Mais ce qui est intéressant, c’est la critique que j’ai reçue du Times, sur mon ouvrage Cerise rouge sur carrelage blanc, qui a parlé d’un « bûcher de tabous. » Ils disaient que j’étais plus audacieuse qu’une occidentale.

C’est lié à la langue arabe, qui est plus directe ?

Oui, mais aussi parce que par rapport aux occidentales, les orientales ont encore beaucoup à désirer, à revendiquer, c’est un moteur aussi.

Vos livres sont publiés en Syrie ?

Seulement le premier, qui a été publié quand j’avais 19 ans (Je te menace d’une colombe blanche). Depuis, tous ont été refusés par la commission de la censure. Parce que, paraît-il, il y a trop d’érotisme, et que ça ne marche pas avec leur moralité. Même mon dernier livre, sur les violences conjugales, ils l’ont refusé. Et pourtant, comme il est plus social, je pensais que ça passerait.

Vous revenez de temps en temps en Syrie ?

Oui, j’y retourne parfois pour 2 ou 3 semaines. J’y reviens comme une machine qui a besoin d’une maintenance, j’y reprends un peu d’amour de ma famille. Je ne sors pas, je ne vais pas dans les cafés, je ne fais pas la touriste. Je suis comme un petit chat qui reviendrait chez lui.

La frustration du désir a-t-elle pu jouer un rôle dans le déclenchement de la révolution en Syrie ?

Non, je ne pense pas. Cette révolution est issue de la frustration de la parole et de la liberté. Il y a tellement de chômage, d’inégalités sociales, de pauvreté qu’à un moment, les gens n’en peuvent plus. C’est le résultat d’une frustration du désir de liberté.

La révolution syrienne a changé quelque chose dans votre vie ?

Avec la révolution, je me sens beaucoup plus syrienne qu’avant. Ce peuple me touche beaucoup. Il me fait pleurer même. Tous les jours je pleure, rien qu’à voir leurs visages. Je les connais, je connais leurs marques de chaussures, je connais leurs rues, leur manière de manger. Quelque part, la femme syrienne est encore en moi.

Que pouvez-vous dire aux Français qui vous lisent et qui veulent soutenir le peuple syrien ?

Si quelqu’un veut faire quelque chose, par exemple envoyer du lait pour les bébés, des médicaments, ou toutes les choses essentielles, qu’ils me contactent et je connais des gens qui peuvent tout de suite le faire parvenir jusqu’en Syrie : maramalmassri@yahoo.com ou mona.maram@gmail.com

A retrouver sur Street Press

Pierre Henry, France Terre d’Asile : « On construit une image de l’étranger fraudeur » (Street Press)

Pierre Henry nous expose tout le bien qu’il pense de la loi sur les mariages gris. « C’est un énorme pipeau » estime le directeur de France Terre d’Asile, qui y voit la continuation d’une rhétorique droitière qui pointe l’étranger du doigt.

C’est bon, vous n’êtes plus en voiture ?

Non c’est bon, allez-y.

Tout d’abord, quelle a été votre réaction lorsque vous avez découvert le concept de mariage gris ?

Un certain ébahissement. Qu’on puisse introduire cette notion aussi floue, aussi peu précise dans le droit, qu’on puisse en faire un sujet de législation ça m’a totalement stupéfait. Je me suis dis que c’était invraisemblable que ce thème soit repris à un si haut niveau. Si parfois il y a fraude – et c’est totalement à la marge – ça ne mérite pas d’en faire un sujet de société, un sujet législatif. L’arsenal pénal est totalement suffisant pour punir toute personne qui détourne l’institution du mariage.

Donc principalement de la surprise ?

Evidemment je ne suis pas naïf, donc j’ai bien vu à quoi cela pouvait être utilisé : c’était une entrée supplémentaire pour fustiger l’image de l’étranger. On construit une image de l’étranger fraudeur qui est négative y compris à travers une fraude supposée aux sentiments. Et on en fait une généralité.

Qui exploite cette image d’après vous ?

La problématique a été montée par une association, l’Association Nationale des Victimes de l’Insécurité (ANVI), dès 2003, avec des problématiques qui étaient très très proches de l’extrême-droite. Et par une popularisation de ces thèmes par des sujets dans le 20h de TF1. Et j’ajoute de plus que même au plus haut niveau, Maxime Tandonnet, conseiller de Nicolas Sarkozy à l’immigration, portait aussi cette thématique. J’ai été très étonné qu’en matière de définition de politique migratoire, le mariage gris prenait parfois une allure centrale.

La déléguée aux mariages gris de l’ANVI affirme avoir reçu plus de 6000 appels téléphoniques et assisté plus de 1200 personnes à ce sujet l’an passé. Ne pensez-vous pas que le problème mérite d’être traité ?

D’abord, il faut faire très attention dans les chiffres qui vous sont rapportés. Encore une fois je vous redonne les chiffres de mariages entre un français et un non-Européen : aux alentours de 45 000 par an. Je vous dis ça parce que certaines personnes, après une histoire d’amour passionnelle, peuvent aussi tout simplement rompre ! C’est la vie, voilà. Une fois sortie de la passion, la vie commune peut être plus compliquée que prévue. Mais je ne pense pas que ce problème mérite une solution au niveau national.

Avez-vous entrepris des actions contre cette mesure législative ?

Non, si ce n’est le travail permanent de déconstruction d’un discours dominant, en essayant de rappeler du bon sens. Il y a 40 à 45 00 personnes qui se marient chaque année avec des non-Européens. Il est possible qu’à la marge il y ait un certain nombre de fraudes, et l’arsenal pénal est là pour les punir, mais ce n’est pas nécessaire d’en faire un thème de campagne.  Bien souvent, ce sont des histoires très douloureuses pour ceux qui les vivent, mais de là à en faire une composante centrale des politiques migratoires, il y a quand même un pas…

Comment est-ce que vous comprenez le terme : « gris » ?

Dans la symbolique, c’est la zone grise, indéfinie par nature. La notion même de mariage gris est assez curieuse, elle introduit une notion d’incertitude, de flou. Je ne veux pas y voir d’autres significations.

Le mariage gris c’est quoi ?

Le mariage gris se dit d’une union où l’étranger dissimule ses intentions réelles à son conjoint, à des fins financières ou en vue d’obtenir la nationalité. La loi Besson sur l’immigration du 16 juin 2011 fait entrer cette notion dans la loi, qui devient passible de 7 ans de prison et 30 000 euros d’amende.

A lire sur Street Press ici

Mon portrait par Lucile Quillet (Street Press)

Amir Alexander A. Un triple A hybride qui en dit long sur ce spécimen de la génération Y. Parti en quête d’identité dans un monde globalisé, il se dit aujourd’hui très parisien. Rencontre à 360°.

L’œil vif, chaussures bateau et barbe brune de trois jours, Amir Alexander est un barroudeur à la gueule de gendre idéal, ficelant très bien son discours. Normal pour ce lobbyiste qui, plus jeune, partait en mission humanitaire au Togo et au Cambodge. Les voyages, il a ça dans le sang.

Sa mère allemande et son père algérien se rencontrent quand ce dernier lui demande l’heure sur les marches d’une cathédrale à Salzburg. Quelques années plus tard, ils s’installent à Paris. Né du mix du cumin et de la bière dans le pays du vin et du fromage, on suppose la digestion identitaire un peu rude. Que nenni, il se dit lassé de la prétendue schizophrénie des descendants d’immigrés, le cul entre deux chaises. Lui les a soudées pour être plus stable, après être allé voir ailleurs s’il y était.

PASSEPORT PLEASE?

Son identité, il la recherche lors de voyages, en Chine, ou Europe de l’Est à la rencontre d’écrivains exilés mais aussi à New York. « C’est comme dans les séries télé sauf qu’on se prend une grosse claque. » avoue-t-il. Là-bas, il s’approprie le terrain en copinant à ses heures perdues avec les portiers kosovars ou philippins de Manhattan*.

Soudain, on passe du « je » au « nous ». Sa copine est, elle, d’origine belge. Le couple quadrinational part apprendre l’arabe à Münster, en Allemagne, avant de filer direction la Jordanie. Choc culturel assuré. Il plie bagages et rentre au pays en fils prodigue.

« DEPUIS MON RETOUR, JE SURKIFFE LA FRANCE »

S’il se disait autrefois citoyen du monde, « ces voyages m’ont ramené à mon identité très française ». Ancien control freak, il cesse de « fuir pour se prouver des choses » et conclut que l’important c’est être bien de là où l’on vient. Son prochain projet? Interviewer les conducteurs du métro parisien. Du triple A multinational au triple A local, il n’y a qu’un pas.


*www.nydoormen.blogspot.com

A lire sur Street Press ici

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.Thème Esquire par Matthew Buchanan.