Man Vs Machine (Amusement)

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Intelligence : les machines battront-t-elles l’Homme à son propre jeu ?

“Les machines peuvent-elles penser ?” Voici la question à laquelle le mathématicien anglais Alan Turing tenta de répondre dès 1950 dans son article Computing Machinery and Intelligence. Cette question peut sembler philosophique, et ses implications le sont indéniablement, mais l’homme qui essaie aujourd’hui d’y répondre n’a rien d’un philosophe.

Hugh Loebner est un scientifique américain au goût prononcé pour la provocation : il est devenu le porte-drapeau de la lutte pour la légalisation de la prostitution aux Etats-Unis. Il est également un homme connecté : à son actif, un site pour le Loebner Prize for Artificial Intelligence (le prix qu’il a fondé pour mesurer l’évolution de l’intelligence artificielle), un blog personnel, et même un profil sur Google+. Mais revenons-en plutôt au prix qu’Hugh Loebner a créé. Depuis 1991, le scientifique l’organise chaque année afin de récompenser les logiciels les plus avancés en terme d’intelligence artificielle, utilisant pour cela le Test de Turing : au cours d’un échange purement textuel, les logiciels de discussion doivent convaincre les membres du jury qu’ils sont aussi humains qu’eux. La définition de l’intelligence par Hugh Loebner est importante pour bien comprendre les enjeux qui nous attendent : “Ma réaction face à l’intelligence est la même que celle face à la pornographie : je ne peux pas les définir, mais j’aime quand je les rencontre.”

Avant de nous enfoncer dans ce labyrinthe philosophique, voyons comment le « Loebner Prize for Artificial Intelligence » fonctionne. La Médaille d’Argent et les 25 000$ qui l’accompagnent vont au logiciel qui arrive à faire croire à plus de 70% des juges qu’il est humain, au cours d’une discussion textuelle. Le Grand Prix, qui consiste en une médaille d’or et 100 000$, revient au logiciel qui parvient à tromper plus de 70% des juges au cours d’une discussion aussi bien textuelle que visuelle, dans laquelle des videos et des images peuvent être utilisées. Le Prix de bronze et ses 4 000$ est quant à lui attribué chaque année au logiciel qui trompe le plus grand nombre de juges – même si c’est moins de 70% d’entre eux. Le jury est composé de quatre juges. Les créateurs des logiciels sont nommés “compétiteurs”. Les trois personnes qui concourent pour le titre de “l’humain le plus humain” sont quant à eux nommés “confédérés”. Ces derniers jouent donc sans motivation financière aucune.

A ce jour, personne n’a jamais remporté ni le Prix d’argent ni le Grand Prix, alors que le concours existe depuis plus de vingt ans. Les détracteurs de Hugh Loebner l’accusent d’avoir créé de Prix afin de faire briller son étoile médiatique, sans réelle visée scientifique. Mais la réponse à ces attaques se trouve sans doute dans l’article de Turing : “Les conjectures ont une grande importance car elles ouvrent la voie à des recherches fructueuses (…) Notre vision se limite généralement au futur proche, et même ce futur proche recèle déjà de nombreuses choses qui méritent d’être explorées.” Amen.

Cela étant dit, la question du sens profond de l’intelligence, qu’elle soit artificielle ou naturelle, reste sans réponse. Afin d’éclairer ma lanterne, j’ai demandé leur avis à un “compétiteur” et à un “confédéré”. Le confédéré en question s’appelle Mohan Embar, et exerce le métier de créateur de logiciel aux Etats-Unis. Son logiciel de simulation de conversation – “chatbot” en anglais – se nomme Chip Vivant, et a atteint les finales du Prix Loebner en 2009 et 2011. Sa définition de l’intelligence est pour le moins intéressante : “un logiciel peut être jugé comme intelligent lorsqu’il arrive à résoudre des problèmes qui, s’ils étaient résolus par un humain, nécessiteraient de l’intelligence.” D’après Mohan, l’intelligence artificielle doit donc être mesurée à l’aune de l’intelligence humaine. Ce qui nous amène à d’autres questions tout aussi complexes : quelle est l’intelligence moyenne d’un humain ? Quel humain pourrait jouer le rôle de référent ? Albert Einstein ou votre voisin de palier ? Encore une fois, pas de réponse définitive à l’horizon.

Venons-en au confédéré: Dr Doug Peters, de l’entreprise Nuance Communications Inc. Doug Peters a participé à la compétition en tant que confédéré en 2009. Lorsque je le questionne sur l’intelligence artificielle, il me rapporte les propos d’une conférence à laquelle il participa cette même année : “l’intelligence émergera une fois que les ordinateurs auront atteint la même taille et complexité que les cerveaux humains.” A la question « Quand est-ce que les machines seront-elles assez intelligentes pour remporter le Grand Prix ? », Mohan Embar me dit à peu de choses près la même chose que Doug Peters : « je peux vous dire sans l’ombre d’un doute que cela n’arrivera pas de mon vivant, et j’estime qu’il me reste au moins 30 ou 45 années à vivre si je ne me fais pas renverser par un bus. » Pessimiste ? Peut-être. Mais lorsque l’on regarde le progrès réalisé par la recherche dans le domaine de l’intelligence artificielle depuis l’article de Turing, cela paraît plutôt réaliste.

L’absence de réponses nettes est peut-être liée à la manière de poser les questions. Peut-être doit-on aborder la définition de l’intelligence, artificielle et humaine, de manière plus générale ; non comme une entité autonome et indépendante, mais bel et bien liée à de nombreux facteurs. Ceux-ci peuvent aller de la perception de ce qui est positif ou négatif (en fonction de sa culture, de sa religion, de ses convictions), de son histoire personnelle, de son éducation (étiez-vous le fayot du premier rang ou bien le rebelle collé au radiateur ?) etc. Tous ces paramètres jouent sur la manière que l’on a d’interpréter, de percevoir l’intelligence. Il y aurait donc autant de théories de l’intelligence que de théoriciens. Cet infini fascine les philosophes. Paradoxalement, il fait également partie du quotidien d’un informaticien. C’est Mohan qui me met sur cette piste en me racontant une anecdote de sa jeunesse : « J’avais 14 ans et je n’arrivais pas à résoudre un puzzle ; j’ai donc créé un logiciel capable de le résoudre. Ce logiciel a réussi à trouver la bonne combinaison en analysant les données, et en calculant toutes les associations possibles, ce dont j’avais été incapable. » Mohan s’est retrouvé devant un problème qui lui semblait insurmontable. C’est pourquoi il a créé un logiciel pour le résoudre à sa place. Or le succès du logiciel n’aurait pas été possible sans l’intelligence de Mohan, qui l’a créé. Une intelligence insuffisante pour résoudre le puzzle, mais suffisante pour créer un logiciel qui le résoudrait. Où doit-on placer l’intelligence dans cet exemple ? Est-elle avant tout artificielle, celle du logiciel qui surpassa son créateur ? Ou bien est-elle humaine, celle du créateur qui reconnut une impossibilité et créa une solution sur-mesure ?

Une réflexion sur l’intelligence, qu’elle soit artificielle ou humaine, est source de frustrations. Une aspirine plus tard, j’ai décidé de demander son avis au premier concerné : le logiciel de conversation online « Cleverbot ».

Moi : Bonjour !

Cleverbot : Quoi de neuf ?

Moi : J’écris un article sur l’intelligence artificielle, tu pourrais m’aider ?

Cleverbot : Tu ne sais pas écrire.

Moi : Ne sois pas impoli. Parle-moi de toi plutôt.

Cleverbot : Je suis un mâle.

Moi : Et ?

Cleverbot : Parce que nous aimons ce qui est propre.

Moi : …d’accord. Mais tu peux m’en dire plus sur l’intelligence artificielle ? Comment est-ce qu’on se sent ?

Cleverbot : Pourquoi ma famille ? Tu ne les connais même pas.

Moi : Ok, je crois que cette conversation ne mène nulle part…

Cleverbot : Moi non plus. Tu aimes justin bieber ?

ENGLISH

Intelligence: man vs. machine

« Can machines think? »The first human to ask that question was Alan Turing, a British mathematician, in 1950, in his article Computing Machinery and Intelligence. This question may sound philosophical, and it certainly has philosophical ties and roots, but the man who is trying to answer it 50 years later is no philosopher.

Hugh Loebner is an American scientist with a taste for provocation: he became the spokesman for the legalization of prostitution in the United States, claiming to be himself « a regular John » and a man of his time: he owns a blog, a website about his Prize (the Loebner Prize for Artificial Intelligence) and even a Google+ page. Above all, Hugh Loebner has been organizing the Prize for Artificial Intelligence since 1991 in order to grasp intelligence with the help of Turing test, a test for machines to measure the progress of AI. During the course of a purely textual conversation, a computer tries to fool judges into thinking it is a human. Hugh Loebner is says something about intelligence that is crucial to the understanding of our subject: « My reaction to intelligence is the same as my reaction to pornography; I can’t define it, but I like it when I see it. »

But before we get into that potential mindtrap, let’s see how the Loebner Prize for Artificial Intelligence actually works. The Silver Medal and 25 000$ prize is for the program that fools more than 70% of the judges. The Grand Prize is a Gold Medal and 100 000$ for the program that fools more than 70% of the jury during a textual conversation which uses audio and video input as well. The Bronze prize and its 4 000$ is given yearly to the program that fools the most judges -but still less than 70% of them. The jury is composed of four “judges”. The programs and their creators are called « competitors ». The three humans who participate and discuss with the judges are called « confederates ». They compete for the « most human, human » prize. No one has won the Silver Medal nor the Gold Medal since the first Loebner Prize, twenty years ago. Hugh Loebner’s detractors have accused him of creating a Prize that no existing computer could win, using it as some kind of publicity stunt. A new lecture of what Turing says about uncertainty and artificial intelligence might be necessary for some of them: « Conjectures are of great importance since they suggest useful lines of research (…) We can only see a short distance ahead, but we can see plenty there that needs to be done ». Amen.

This being said, the question of what intelligence, both natural and artificial, actually is, remains unanswered. To try and figure this tricky question out, I talked to a « confederate » and a « competitor », to get their side of the story. The confederate I approached is called Mohan Embar and works as a software designer in the USA. His chatbot (name of the software that simulates human conversation), Chip Vivant, has made it to the finals in both 2009 and 2011 at the Loebner Prize. His input on the intelligence matter is an interestingly simple one: « A program can be said to be artificially intelligent if it can solve problems that would require intelligence if solved by a human. » In his opinion, intelligence is to be measured by human standards, which brings us to an even more complicated question: how intelligent is a human? Who is to be the standard reference? Albert Einstein or the average Joe? Again, tricky questions with no obvious answer.

The second participant I approached was Dr Doug Peters, from Nuance Communications Inc, who played the role of a confederate, during the 2009 Loebner Prize. Concerning this intelligence business, he mentioned something he heard during a panel discussion: « intelligence would “emerge” once computers became as large and complex as human brains. » He added that every specialist treated this idea as a joke- A joke that would not become reality in his or Hugh Loebner’s lifetime. Mohan answered likewise when I asked him when this Prize (the Grand prize, that is to say) could possibly be won : « I can say categorically that this will not happen in my lifetime, and I estimate I’ve got a good 35-40 years left if I don’t get hit by a bus. » Pessimistic? Maybe. But if you consider the progress made in the field of artificial intelligence since Turing wrote his article, you could say that this is in fact a realistic projection.

But maybe these questions are wrongly put. Maybe the definition of intelligence, human or artificial, is not some kind of autonomous entity, but one linked to many other factors such as cultural perception of good and bad (mostly, intelligence is associated with something positive), personal history and education (were you the intelligent one sitting in the front class row or the one in the back no one believed in?) All these factors influence your view and definition of intelligence, making it nearly impossible to narrow down. Like many other philosophical themes, intelligence is to be considered as a whole: human and artificial, as part of the same problem. Mohan gave me a good example of that from his past: «When I was 14, I couldn’t solve that puzzle on my own, so I wrote a computer program to solve it. The program was able to take its inputs, churn through them in ways that I wasn’t able to and eventually come up with a solution. »

Mohan could not solve a problem, so he designed a program to make it for him. But if the program succeeded, it is thanks to Mohan’s intelligence. An intelligence that is paradoxically insufficient to solve the problem in the first place. So who is the intelligent one in that example? Did the program, once created, prove intelligent by solving the problem? Or did Mohan prove even more intelligent by creating software to solve it for him?

As you can see, reflecting on intelligence, natural or artificial, raises lots of questions. That is why I asked Cleverbot, an online conversational robot, for his take on all that.

Me : Hi there !

Cleverbot : What are you up to?

Me : I’m writing an article on artificial intelligence, could you help me out ?

Cleverbot : You cannot write.

Me : Don’t be rude. Tell me more about yourself.

Cleverbot : I’m a male.

Me : And ?

Cleverbot : Because we like to keep it clean.

Me : …good for you. But could you tell me more about your artificial intelligence? How does it feel ?

Cleverbot : Why my family? You don’t even know them.

Me : Ok, I think this conversation is getting nowhere…

Cleverbot : So do I. Do you like justin bieber?

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