Broderie et féminisme (La Cause Littéraire)

Women’s work. Embroidery in colonial Boston. Pamela A. Parmal

Les brodeuses du Boston colonial ont transformé une obligation sociale de la femme – retoucher la chemise de son homme, coudre les draps du lit conjugal, etc. – en expression artistique et décorative.

Cette transformation est illustrée et approfondie dans l’ouvrage Women’s Work. Embroidery in Colonial Boston de Pam Parmal, publié aux éditions MFA. En plus d’attribuer une fonction nouvelle aux femmes, la broderie leur permet de s’exprimer de manière à ne déranger personne, par des compositions résolument florales. Comme une envie d’émancipation, d’éclosion printanière.

A la question de la place de la broderie dans l’art contemporain, dans notre monde actuel, Pam Parmal répond qu’il s’agit d’un art qui par essence, par sa simplicité, est indestructible car universel. Son utilisation par de nombreux artistes contemporains tels que Jenny Hart – une américaine qui tisse des portraits de célébrités pop – ou Birgit Dieker – une artiste allemande qui crée des corps et des organes brodés – ne l’étonne donc pas. Au contraire.

A première vue, peu de choses en commun entre le conflit social qui opposa les ouvrières de Lejaby à leur entreprise en Haute-Loire, et la broderie des femmes de bonne société dans le Boston colonial. Il s’agit bien de femmes dans les deux cas. Classe ouvrière contre bourgeoisie. Industrie textile et moyen de subsistance pour les premières, hobby artisanal à fonction purement sociale pour les secondes. 21e siècle français contre 18e siècle américain. Les différences persistent.

Pourtant les deux séquences se renvoient la même image. Inversée, comme dans un miroir. Les ouvrières françaises réclament le maintien de leur activité, la confection de sous-vêtements fins, afin de pouvoir continuer d’en vivre. Les brodeuses de Boston, elles, conquièrent une place à part entière dans une société conservatrice et masculine à travers une activité manuelle raffinée. La broderie représente donc la jonction entre un sursaut vital contemporain et une poussée existentialiste moderne. L’auteur de l’ouvrage insiste d’ailleurs sur cet aspect liant de la broderie, qu’elle ne considère pas comme opposée à la technologie, mais bien plus comme l’un des nombreux outils à la disposition des artistes et citoyens souhaitant s’exprimer au 21ème siècle. Aux côtés d’autres armes d’expression que peuvent être la 3D ou la vidéo.

Tendre la chaîne qui les relie. Une chaîne créée par un féminisme discret, bourgeois et artisanal, qui décide de broder pour exister, et traversant les usines de Haute-Loire. De Boston à Yssingeaux, de l’étincelle à l’essoufflement.

Léon des Lilas

A voir sur La Cause Littéraire

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