Syrie : « le désir amoureux est plus fort sous l’oppression » (Street Press)

Maram Al-Masri parle de désir dans un pays en guerre, le désir d’amour, d’érotisme et celui de liberté. Avant de confier : « tous les jours depuis le début de la révolution, je pleure. »

Bonjour Maram, vous revenez tout juste du Luxembourg ?

Oui, j’y étais ce weekend. C’était très bien, j’étais au Printemps des poètes, j’y ai fait des lectures, il y avait une soirée spéciale Moyen-Orient.

Lorsqu’on lit votre poésie, le désir est omniprésent. Y a-t-il un rapport au désir particulier chez les Syriens ?

Non, je ne pense pas, c’est propre aux êtres humains, le désir. Mais c’est vrai qu’il est plus fort sous l’oppression, dans un régime fermé. Je me souviens, à mon époque, même embrasser un garçon c’était pêché. J’étais amoureuse d’un chrétien qui s’appelait Philippe quand j’avais 17 ans, et c’était interdit. On devait se cacher dans des cages d’escalier pour se rencontrer, et on avait peur d’être découverts. C’était terrible.

Comment avez-vous perçu les relations amoureuses à Paris quand vous êtes arrivée de Syrie ?

Je pense qu’il y a plus de liberté pour la femme en France. Mais ça ne m’a pas choqué, pour moi le désir est instinctif, il est lié à la condition humaine, c’est un besoin. Il n’y a pas eu d’incompréhension particulière. Mais ce qui est intéressant, c’est la critique que j’ai reçue du Times, sur mon ouvrage Cerise rouge sur carrelage blanc, qui a parlé d’un « bûcher de tabous. » Ils disaient que j’étais plus audacieuse qu’une occidentale.

C’est lié à la langue arabe, qui est plus directe ?

Oui, mais aussi parce que par rapport aux occidentales, les orientales ont encore beaucoup à désirer, à revendiquer, c’est un moteur aussi.

Vos livres sont publiés en Syrie ?

Seulement le premier, qui a été publié quand j’avais 19 ans (Je te menace d’une colombe blanche). Depuis, tous ont été refusés par la commission de la censure. Parce que, paraît-il, il y a trop d’érotisme, et que ça ne marche pas avec leur moralité. Même mon dernier livre, sur les violences conjugales, ils l’ont refusé. Et pourtant, comme il est plus social, je pensais que ça passerait.

Vous revenez de temps en temps en Syrie ?

Oui, j’y retourne parfois pour 2 ou 3 semaines. J’y reviens comme une machine qui a besoin d’une maintenance, j’y reprends un peu d’amour de ma famille. Je ne sors pas, je ne vais pas dans les cafés, je ne fais pas la touriste. Je suis comme un petit chat qui reviendrait chez lui.

La frustration du désir a-t-elle pu jouer un rôle dans le déclenchement de la révolution en Syrie ?

Non, je ne pense pas. Cette révolution est issue de la frustration de la parole et de la liberté. Il y a tellement de chômage, d’inégalités sociales, de pauvreté qu’à un moment, les gens n’en peuvent plus. C’est le résultat d’une frustration du désir de liberté.

La révolution syrienne a changé quelque chose dans votre vie ?

Avec la révolution, je me sens beaucoup plus syrienne qu’avant. Ce peuple me touche beaucoup. Il me fait pleurer même. Tous les jours je pleure, rien qu’à voir leurs visages. Je les connais, je connais leurs marques de chaussures, je connais leurs rues, leur manière de manger. Quelque part, la femme syrienne est encore en moi.

Que pouvez-vous dire aux Français qui vous lisent et qui veulent soutenir le peuple syrien ?

Si quelqu’un veut faire quelque chose, par exemple envoyer du lait pour les bébés, des médicaments, ou toutes les choses essentielles, qu’ils me contactent et je connais des gens qui peuvent tout de suite le faire parvenir jusqu’en Syrie : maramalmassri@yahoo.com ou mona.maram@gmail.com

A retrouver sur Street Press

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