Les cures de jeûne : un moyen de planer en toute légalité (Street Press)

« Un état de très grande conscience mais aussi de fragilité. » Ce n’est pas de weed dont parle Agnès Morin mais d’une cure de jeûne à laquelle elle a participé. Des cadres stressés viennent y retrouver la pêche… et dépensent 2.000€.

« Ça explose en 2012, on est complet jusqu’en juillet prochain, on doit même refuser du monde ! » Dominique Juveneton est un directeur comblé. Sa structure (l’Amandier, dans la Drôme), comme de nombreuses structures offrant des séjours de jeûne, connaît un succès grandissant. Plus d’une vingtaine de ces lieux d’accueil existent aujourd’hui en France. Ils promettent tous à l’internaute « légèreté, santé et vitalité. »

Malgré la multiplication de ces structures, l’État français ne rembourse pas (encore ?) ces séjours. Contrairement à l’Allemagne où le jeûne thérapeutique est davantage entré dans les mœurs. Agnès Morin, chef d’entreprise et adepte du jeûne, confie :

« En France, je n’en ai pas parlé autour de moi, j’avais peur d’être prise pour une folle. Surtout dans le milieu très rationnel des chefs d’entreprise. Alors qu’en Allemagne, le jeûne est inscrit dans la culture. »

Le marronnier du stress

Alors pourquoi un tel engouement pour des séjours où l’absence de nourriture est facturée à prix d’or ? Première explication, le stress, sacrée cause universelle de tous les maux. « En ce moment, la pression monte, alors il y a chez les gens comme un réflexe de survie. Ceux qui ont encore du boulot en ont pour trois, et le monde des entreprises est devenu impitoyable », explique Dominique Juveneton.

« Je me suis retrouvée dans une situation de burn-out, en gros tout allait mal dans ma vie. J’étais dans un état de forme épouvantable », ajoute Agnès Morin. Cette chef d’entreprise est représentative de ces Français qui « veulent des solutions rapides à leurs problèmes », affirme Elisabeth Brola, endocrinologue. « Ils pensent : “je fais ça une semaine et c’est bon, je retourne à ma vie d’avant sans changer mes mauvaises habitudes.” »

Peur des médocs
Mais le stress à lui-seul ne peut expliquer un tel engouement pour le jeûne. Autre raison invoquée : la méfiance des Français vis-à-vis des médicaments dits conventionnels. Mais celle-ci s’essouffle rapidement. Selon l’INSEE, les dépenses en soins et biens médicaux des Français sont passées de 98 milliards en 1995 à 175 milliards en 2010, soit une augmentation de 78% en 15 ans.

« Les clients viennent principalement pour des raisons spirituelles, pour se sentir mieux dans leur tête. Puis viennent les clients qui souffrent de maux divers (arthrite, diabète, tension, maladies plus graves aussi…). » Explication du Dr Wilhelmi, directeur de la clinique Buchinger en Allemagne, véritable référence en matière de cure de jeûne. De nombreuses célébrités, parmi lesquelles Philippe Starck ou Sean Connery, s’y pressent pour profiter de la méthode Buchinger, qualifiée de « chirurgie sans scalpel » par son inventeur. On l’a bien compris : la motivation n’est pas seulement médicale, elle est également mystique. Et c’est là que réside le secret des cures de jeûne : la faim procure des sensations aux clients proches des effets de certains psychotropes.

« La vérité de l’être humain »

Le jeûne apparaît en réalité comme un moyen de planer en toute légalité. « Pendant toute la journée vous buvez de l’eau ou des tisanes. Vous ne pouvez pas fumer, boire de café ou de thé. Après les 3 premiers jours, qui sont un peu difficiles, vous avez une pêche incroyable, et vous n’avez pas faim ! » s’enthousiasme Agnès Morin, qui y retourne « une à deux fois par an. » Un enthousiasme facturé « entre 1.500 et 2.000 euros » la semaine, tout de même. Une fois passée la caisse, vient la délivrance : on y ressent une « légèreté de l’âme, c’est réjouissant ! Le jeûne vous met dans un état de très grande conscience mais aussi de fragilité. Les défenses s’en vont et on est vraiment dans la vérité de l’être humain ! »
Pour allier extase et communion, la journée de jeûne est rythmée par des activités de groupe : conférences, activités sportives en tous genres, repas à base de bouillon de légumes. En cas de malaise, il y a « partout dans la clinique des boutons d’alarme, pour que quelqu’un qui a un souci puisse prévenir tout de suite. »

Ces effets euphorisants n’avaient pas échappé aux grandes religions, qui ont toutes intégré le jeûne dans leurs textes. Lucie*, fidèle d’une paroisse de Rambouillet, a suivi cette année un jeûne religieux pour la première fois. Elle raconte : « pendant mes périodes de jeûne, je lisais plus lentement les textes d’évangile, ce qui m’aidait à mieux les méditer. Je prenais du plaisir à m’isoler dans ma prière et à prendre un peu de recul de tout ce qu’on appelle l’horizontal (autrement dit, loin de tout esprit de consommation excessive, ndlr), pour mieux me consacrer au vertical. »

Une forme de spiritualité bien éloignée des intentions premières des clients de ces centres de jeûne, donc, mais qui pourrait bien expliquer leur fidélité sans faille. « Maintenant, quand j’ai un problème, je sais qu’il existe une solution », conclue Agnès.

*Lucie ne s’appelle pas Lucie

 

Lire l’article sur Street Press ici

 

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